Glossaire · Droit européen de la vie privée

Règlement ePrivacy

Règlement européen proposé qui remplacerait la directive ePrivacy de 2002, régissant la confidentialité des communications électroniques, y compris les cookies, le suivi et les communications non sollicitées.

## Ce qu'est réellement le règlement ePrivacy Le règlement ePrivacy (parfois appelé « ePR ») est un règlement européen proposé qui remplacerait la directive ePrivacy existante (Directive 2002/58/CE, parfois appelée « directive cookies »). Il traite la confidentialité des communications électroniques avec une portée plus large que le focus général du RGPD sur les données personnelles. **Contexte important pour 2026** : le règlement ePrivacy est en négociation depuis 2017 et reste non finalisé. Le cadre réglementaire actuel est la directive de 2002 (avec amendements de 2009) plus le RGPD. Cette entrée couvre à la fois le cadre existant et le règlement proposé. ## La directive ePrivacy de 2002 (loi actuelle) La directive ePrivacy existante couvre quatre domaines principaux : ### 1. Cookies et tracking La fameuse exigence de « bannière cookies » provient de cette directive (spécifiquement de l'article 5(3)). Le stockage d'informations dans les appareils des utilisateurs, ou l'accès à des informations déjà stockées, nécessite le consentement de l'utilisateur sauf strictement nécessaire à la fourniture du service. C'est pour cela que chaque site web européen a une bannière de cookies. ### 2. Confidentialité des communications Les communications électroniques (e-mail, appels téléphoniques, messagerie) sont confidentielles et ne peuvent être interceptées ou consultées sans consentement. Cela s'applique largement aux services de communications. ### 3. Données de trafic et de localisation Les opérateurs télécoms ont des obligations spécifiques concernant les données de trafic (qui a communiqué avec qui, quand) et les données de localisation. La plupart doivent être supprimées ou anonymisées une fois les besoins de facturation remplis. ### 4. Communications non sollicitées Les communications de marketing direct nécessitent généralement un consentement opt-in préalable. Cela s'applique aux e-mails, SMS et systèmes d'appel automatisés. ## Pourquoi le règlement proposé compte La directive de 2002 a mal vieilli. Plusieurs lacunes que le règlement proposé traite : **1. Mise en œuvre incohérente entre États membres.** La directive actuelle doit être transposée en droit national, créant 27 implémentations nationales différentes. Un règlement (contraignant directement sans transposition) harmoniserait la mise en œuvre. **2. Nouveaux services de communication.** WhatsApp, Signal, Telegram, Threema n'existaient pas en 2002. La couverture de la directive actuelle des « services OTT de communication » (messageries over-the-top) est floue. Le règlement proposé les couvre explicitement. **3. Échecs des bannières cookies.** Le régime actuel de consentement cookies a produit la « fatigue des bannières cookies » — les utilisateurs cliquent sur les bannières sans consentement significatif. Le règlement proposé glisserait vers des signaux de consentement au niveau du navigateur et des mécanismes de consentement standardisés. **4. Internet des objets (IoT).** Les appareils intelligents, les voitures connectées et les systèmes IoT ont des implications de confidentialité que la directive de 2002 ne traite pas. Le règlement proposé couvre les communications machine à machine. ## Pourquoi le règlement a calé Le règlement ePrivacy proposé a été publié par la Commission en janvier 2017. En 2026, il reste non finalisé — ce qui en fait l'un des dossiers législatifs les plus longtemps bloqués de l'histoire de l'UE. Les raisons : **1. Lobbying industriel.** Les industries de la publicité et de l'édition ont fortement fait pression contre des dispositions qui affaibliraient l'économie du tracking par cookies. **2. Divisions entre États membres.** Les États membres de l'UE sont en désaccord sur l'équilibre approprié entre protections de la vie privée et besoins de l'industrie de la publicité numérique. **3. Interaction avec le RGPD.** Coordonner les dispositions ePrivacy avec le RGPD a été techniquement et politiquement complexe. **4. Disruption technologique nouvelle.** Les alternatives aux cookies first-party, le tracking côté serveur et les technologies émergentes préservant la vie privée ont changé le paysage technique en cours de négociation. Le texte de compromis le plus récent du Conseil date de 2024-2025 avec des négociations en trilogue en cours. Un règlement finalisé en 2026-2027 est possible mais pas certain. ## Ce que cela signifie pour les entreprises européennes en 2026 Pour l'instant, le cadre réglementaire pratique reste : **1. La directive de 2002 (telle que modifiée)** plus les transpositions nationales **2. Le RGPD** pour les aspects de traitement des données personnelles **3. L'application de la directive ePrivacy** par les autorités nationales de protection des données Pour les entreprises européennes : **Cookies et tracking** : l'exigence actuelle de « consentement pour cookies non essentiels » s'applique. La plupart des sites web européens ont besoin de bannières de consentement cookies. Le contournement pratique qui a gagné en popularité : **les analytics sans cookies** (Plausible, Matomo, Pirsch) qui ne nécessitent pas de bannières de consentement parce qu'ils ne posent pas de cookies de tracking. **E-mail marketing** : consentement opt-in généralement requis. Les relations clients existantes ont quelques exceptions (article 13(2)) mais l'approche sûre est l'opt-in explicite. **Messagerie OTT** : actuellement dans une zone grise réglementaire. L'application de la directive de 2002 est floue. La plupart des fournisseurs (Threema, Signal, etc.) opèrent comme si elle s'appliquait. **Marketing direct** : opt-in pour les nouveaux contacts ; une certaine flexibilité pour les relations clients existantes. ## L'avenir sans cookies L'implication pratique la plus importante de l'application ePrivacy : le tracking par cookies est de plus en plus économiquement non viable en Europe. Lorsque 30 à 50 % des utilisateurs refusent le consentement cookies (taux européens typiques), les analytics de conversion deviennent peu fiables. Les équipes marketing qui se sont adaptées plus tôt (utilisant des analytics sans cookies, du tracking côté serveur ou des stratégies de données first-party) ont des avantages mesurables. Outils tech européens positionnés pour l'avenir sans cookies : - **[Plausible](/fr/alternatives/plausible-vs-google-analytics/)** (Estonie) — analytics sans cookies par architecture - **Matomo** (France) — supporte le mode sans cookies - **Pirsch** (Allemagne) — analytics sans cookies - **Tracking côté serveur** via outils comme n8n + base de données Pour les entreprises européennes optimisant pour la direction réglementaire, construire sur une infrastructure sans cookies est stratégiquement sain indépendamment de la date de finalisation du règlement proposé. ## Ce que pourraient apporter 2026-2027 Plusieurs scénarios : **Scénario A : Règlement finalisé** — cadre cohérent UE pour la confidentialité des communications électroniques, remplaçant le patchwork actuel de directives. Possible 2026-2027 si la volonté politique se matérialise. **Scénario B : Statu quo continué** — la directive actuelle reste en vigueur avec variations nationales. Scénario le plus probable jusqu'en 2027 en l'absence de changement politique significatif. **Scénario C : Règlement retiré** — la Commission pourrait théoriquement retirer la proposition et recommencer. Politiquement difficile mais pas impossible. Pour les entreprises européennes, planifier autour du scénario B (statu quo) est réaliste. Construire sur une infrastructure sans cookies vous positionne bien quel que soit le scénario qui se déploie. ## Recommandations pratiques 1. **Implémentez correctement les bannières cookies** — sous la loi actuelle, c'est non négociable pour les sites utilisant des cookies non essentiels 2. **Considérez les analytics sans cookies** — Plausible, Matomo ou similaires réduisent l'exposition réglementaire et améliorent la mesure de conversion 3. **Utilisez le consentement opt-in pour le marketing e-mail** — position défensive quelle que soit la direction réglementaire 4. **Surveillez le règlement finalisé** — susceptible d'apporter une harmonisation du consentement, possiblement des signaux au niveau navigateur, certainement des changements 5. **N'optimisez pas pour le texte spécifique de la directive actuelle** — le règlement peut changer les règles ; construisez sur des principes (transparence, données minimales, contrôle utilisateur) plutôt que sur des hacks de conformité spécifiques
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